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Les Dents de Brume

Crime novel

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Tense and progressive

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Internal

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Yggdrasil Ascendant

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Epilogue

Quelques jours plus tard, la lumière sur Borehavn avait cette qualité oblique qui rend les surfaces plus coupantes. Skare restait immobile devant le Nœud, mais ce n’était pas une immobilité de repos. C’était un arrêt tenu par entêtement, comme une passerelle qui refuse de céder alors que la fatigue du métal est déjà dans les boulons.

Le bruit blanc des flux lui râpait les tempes. Les notifications vibraient dans le garde-corps de sa console, une pluie de suggestions haptiques : contrats disponibles, délais, validations, rappels de sécurité. Elle ne regardait pas les titres. Son corps, lui, regardait malgré elle : tension dans la nuque, micro‑contractions des avant-bras, fatigue thermique sous la peau modulée, comme si un froid interne s’était installé. La lame sous son avant-bras lui envoyait parfois une douleur fantôme, brève, sans déclenchement, un rappel de ce qu’elle avait accepté d’être.

Elle se surprenait à sentir l’odeur du désinfectant sans être dans le bâtiment trop propre. Parfois, en fermant les yeux, elle avait l’impression que la brume intérieure continuait de lui coller au palais. « Je ne repasse pas », tentait-elle de se dire. Mais le Nœud gardait tout, et sa propre perception périphérique gardait davantage : les micro‑bruits, les vibrations, les écarts.

Un contrat remonta, sans mise en avant, presque par hasard. Le type de ligne qu’on lit parce qu’elle est au milieu, pas parce qu’elle brille.

Contrat : mort d’un civil, frère de Sindre Lysvaer.

Le nom lui donna une nausée froide. Elle relut. Le dossier parlait d’un décès survenu hors des circuits publics, sans drone initial, « constaté » tardivement. Elle chercha l’heure. Elle chercha la température. Elle chercha un point de preuve. Sa mémoire essaya de recoller des minutes manquantes.

Une certitude sèche s’imposa, sans scène complète, comme une entrée de registre qu’on ne peut pas raturer : « Je l’ai tué. »

Elle resta longtemps sur cette phrase, incapable de la pousser dehors, incapable de la contredire. Elle ne voyait pas le geste, elle ne revoyait pas la chute, elle n’avait qu’une sensation de poids sur les paumes, comme si elle avait tenu une corde trop chaude.

En dessous, une autre ligne, plus basse, la frappa comme une lame sans bruit : disparition confirmée de Sindre Lysvaer, dossier clôturé sans restitution.

Clôturé. Sans restitution. La ville savait classer ce qui dérange.

Skare sentit son estomac se contracter. Dans le reflet sombre de l’interface, son propre visage apparaissait légèrement décalé, comme si sa peau hésitait sur la teinte qui lui appartenait. Elle fixa sa tête rasée, l’angle de sa mâchoire, la dureté de ses yeux. « Qui parle quand je dis je ? » La question ne venait pas en mots complets ; elle venait par un pic de chaleur dans l’implant à la base du crâne, par une crispation du diaphragme.

Elle remonta, mécaniquement, les anciens dossiers liés au nom Lysvaer. Tout était propre. Trop propre. Les accès à certaines annexes renvoyaient des refus en paramètres, sans justification. Les journaux de portiques, eux, semblaient alignés au millimètre. Un alignement parfait, comme une couture trop régulière pour être faite à la main.

La vibration d’un garde-corps lui signala un message entrant, cette fois venu d’un canal interne de l’Ordre de Tenue. Pas une demande officielle, plutôt une alerte portée par quelqu’un qui n’avait pas envie d’écrire.

Disparition d’un maître de l’Ordre de Tenue, spécialiste des augmentations cutanées, il y a trois mois. Borehavn.

Skare resta connectée, la gorge sèche. Elle pensa à la peau qui se fond dans la brume, à la tête rasée, à la discipline sensorielle qui ne laisse pas dormir. Elle pensa aussi à ces deux lueurs rouges, régulières, au métal chaud dans l’air.

Elle voulut appeler Runa, puis sa main resta suspendue au-dessus du canal. Elle voulut appeler Torgaut, puis la sensation du feuillet gravé dans sa poche la fit reculer. Chaque lien semblait désormais une corde qui pouvait la hisser ou l’étrangler.

Dehors, la brume montait, lente, contre les piliers. Borehavn tenait debout par entêtement. Dans un couloir voisin, quelqu’un lavait ses mains avant de signer un formulaire, le rituel du bois clair et de l’acier brossé pour donner une forme supportable à la peur.

Skare sentit une fatigue lourde couler dans ses jambes. Elle posa ses pieds nus sur le métal froid du sol, cherchant la vibration qui prouve qu’on est encore sur une structure réelle. Sa perception périphérique attrapa un détail : un drone de sécurité, immobile, dans l’angle mort du corridor, trop proche pour être une coïncidence.

Elle ne bougea pas. Elle laissa le drone être là. Elle laissa la pression s’installer.

« Certaines affaires ne se ferment pas. Elles attendent simplement que quelqu’un s’en approche trop près. »

La pensée n’apporta pas de calme. Elle se contenta de déplacer le poids. Et dans ce déplacement, Skare sentit qu’elle n’était peut-être plus en train de choisir un prochain pas, mais de poursuivre une marche déjà écrite par des mains propres.

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